Fête Foraine

Six cubes et six bulles volent dans des cages en plexiglass. Les cubes se projettent sur les parois, les bulles s’y posent. Parce que nous nous jouons d’eux, ces cubes et bulles jouent à essayer de fuir.

Dans ce cadre, nous sommes, tout à la fois, ces cubes, expression du besoin de représentation, et ces bulles, expression de cette révolte de l’ordre établi de l’apparence.

Six femmes ont accepté de participer à cette expérimentation, et de se laisser guider au cours d’une journée de travail à travers les méandres de la représentation du corps / de leur corps, et les risques de l’expression du corps / de leur corps. Elles incarnent les cubes et les bulles, elles sont objets de la fête foraine.

« Aime­-moi, car je suis belle ! Aime­-moi , car je suis l’amour, et je suis sans règle et sans loi ! Et je m’en vais de lieu en lieu, et je ne suis pas une seule femme, mais plusieurs, prestige, vivante dans une histoire inventée !
Vis ! sens en toi
La puissante jeunesse qu’il ne sera pas aisé de contraindre. Sois libre ! le désir ardi
Vit en toi au-­dessus de la loi comme un lion ! Aime­-moi, car je suis belle ! Et où que s’ouvre la bouche, c’est là que j’appliquerai la mienne. »

L’échange – ­ Paul Claudel

Par l’extrême standardisation du plaisir, les lieux de divertissement tels que la fête foraine semblent, à la fois, être un des rouages précieux du système économique et social de consommation de masse, qui régit la société française aujourd’hui. Également, ils m’apparaissent comme des « hors­ temps », à la manière des carnavals, où les repères quotidiens laissent place volontairement au lâcher prise nécessaire à tout un chacun.

Des fêtes foraines où on montrait la laideur, les difformités, a découlé le mot « monstruosité » (caractéristique de ce qu’on montre). Aujourd’hui, si nous nous référerions uniquement au sens étymologique du terme, la monstruosité serait ces corps montrés, sublimés selon les critères de la beauté standardisée actuelle que l’on surexpose sur les écrans et les affiches.

Les canons esthétiques de la beauté sont rentrés dans le domaine public et déterminent des repères sociétaux mais jusqu’où ? Notre corps fait­il partie de l’espace public ? Notre rapport à la beauté, qui s’édifie dans une série d’enjeux affectifs, ne devrait­-il pas simplement appartenir à l’espace privé, à la sphère de l’intime ?

 

Si cette dualité entre espace public et privé, que l’on retrouve à la fois dans notre rapport à la beauté et au divertissement, semble constituer un réel danger d’absorption du corps par l’espace public, elle révèle également une vision totalement émotionnelle du corps physique ; celui­-ci ne se définissant plus comme une écorce superficielle mais comme un outil indispensable à la construction de l’être.

étape de travail à la Villa Mais d’Ici – septembre 2016